undefinedLe thon est un poisson plus qu’apprécié en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, sa chair cache une toxine, le méthylmercure. Il s’avère que sa teneur dans le poisson dépend de la taille et de l’espèce considérée, mais aussi de son origine géographique.

 

 

 

 

 

 

Sans surprise, les plus fortes concentrations en mercure sont retrouvées dans les spécimens les plus grands, ce composé s’accumulant naturellement en fonction de la taille et de l’âge des thons. Les seuils sanitaires préconisés sont toutefois rarement dépassés. Seul 1 % des prises de thon albacore et de thon germon et 11 % des thons obèses affichent des concentrations supérieures aux niveaux maximums autorisés*.
Le mercure s’infiltre dans notre alimentation par la consommation de poissons comme le thon. Émis dans l’atmosphère par le volcanisme, mais surtout par des activités humaines telles que la combustion de charbon ou l’orpaillage, le mercure gazeux se dépose en effet progressivement dans les océans ; une fraction s’y transforme en méthylmercure.
Celui-ci s’intègre alors dans toute la chaîne alimentaire, du plancton jusqu’aux grands prédateurs comme le thon. Or le méthylmercure est une neurotoxine, une substance toxique pour le système nerveux central. Les risques pour la santé sont particulièrement élevés chez le fœtus et le jeune enfant. Il est donc capital de mieux connaître les niveaux de concentration et l’origine du méthylmercure présent dans ces poissons très fréquemment consommés.

 

Près de 20 ans d’échantillons


Dans ce contexte, des chercheurs de l’IRD ont sollicité l’accès à une base d’échantillons exceptionnelle mise en place par la Communauté du Pacifique (CPS), une organisation internationale qui œuvre depuis 1947 au développement durable des pays océaniens, notamment en récoltant des données relatives aux ressources marines.
Ainsi, depuis 2001, des prélèvements de chair ont été effectués sur des thons capturés dans une large zone allant de l’Australie à la Polynésie française par des observateurs travaillant sur des bateaux de pêche ; ceux-ci recueillent aussi les informations sur la prise : taille et espèce, mais aussi lieu et date de pêche. « Dans le cadre d’un programme financé par le Fonds Pacifique et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, ces échantillons nous ont permis d’étudier la variation de la concentration en mercure de plusieurs espèces pêchées dans le Pacifique : le thon obèse, l’albacore et le thon germon », explique Anne Lorrain, spécialiste en écologie marine au Laboratoire des sciences de l’environnement marin (LEMAR).

*La concentration maximale de mercure autorisée dans le thon commercialisé est de 1 milligramme de mercure par kilo.